L’entreprise qui avait théorisé cette attaque en est devenue la cible. Dans un billet publié le 26 juin 2026, le vice-président de Push Security, société américaine de cybersécurité, raconte que plusieurs de ses propres employés ont reçu des invitations à rejoindre une organisation ChatGPT nommée « Push Security Inc. ». Le compte n’avait jamais été créé par l’entreprise. À l’intérieur de cet espace de travail malveillant : un environnement vide, un compte propriétaire enregistré sous le nom du PDG de Push Security, et une carte de crédit probablement volée déjà associée au compte de facturation. L’équipe a accepté l’une des invitations pour analyser le mécanisme de près.
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Une attaque qui détourne l’infrastructure officielle d’OpenAI
Le cœur de l’attaque repose sur une fonctionnalité parfaitement légitime de ChatGPT : n’importe quel utilisateur peut créer une organisation, lui donner le nom qu’il souhaite et inviter des personnes à la rejoindre. C’est exactement ce que font des milliers d’entreprises chaque jour pour déployer ChatGPT auprès de leurs équipes. Les attaquants exploitent cette ouverture en récoltant en amont les adresses e-mail professionnelles de leurs cibles, vraisemblablement via LinkedIn ou d’autres sources publiques, puis en les invitant individuellement dans un faux espace portant le nom de leur propre employeur.
Ce qui rend la technique particulièrement difficile à repérer, c’est qu’elle emprunte l’infrastructure d’OpenAI elle-même.
L’invitation est générée et envoyée par les serveurs d’OpenAI, avec son identité visuelle officielle. Le message passe tous les filtres d’authentification classiques et reste visuellement identique à une invitation d’entreprise légitime.
Le seul signal d’alerte tient à une mention indiquant que le domaine de l’expéditeur de l’invitation est une adresse Gmail, et non celui de l’entreprise censée inviter l’employé.
Cette méthode porte un nom, le tenant poisoning ou attaque du locataire empoisonné. Push Security l’avait théorisée dès 2023. Elle est aujourd’hui documentée dans la nature et l’entreprise précise que d’autres acteurs des secteurs tech et cybersécurité ont reçu des invitations similaires.
L’objectif n’est pas de voler un mot de passe, mais une conversation
Au moment de sa découverte, l’organisation frauduleuse créée au nom de Push Security était vide, sans aucun document ni contenu préchargé. Selon l’entreprise, l’objectif n’est ni de subtiliser un mot de passe ni de rediriger vers un site piégé. Le but insidieux est d’amener l’employé piégé à utiliser ce faux espace comme s’il s’agissait de l’outil officiel de son entreprise, et à y saisir naturellement des informations sensibles, du code source, des documents internes, des données clients, des notes stratégiques. Tout ce qu’un employé tape habituellement dans ChatGPT au quotidien. L’attaquant, en tant qu’administrateur de l’organisation frauduleuse, disposerait alors d’un accès direct aux journaux d’utilisation et aux interactions de l’employé, en temps réel.
Le phénomène n’est pas isolé à OpenAI. En janvier 2026, Kaspersky signalait des abus similaires des invitations ChatGPT. En avril, Cisco Talos documentait la même mécanique appliquée à GitHub et Jira, avec un pic d’activité où près de 3 % des e-mails quotidiens envoyés depuis l’infrastructure GitHub étaient liés à ce type de campagne.
Le principe reste identique dans tous les cas : toute plateforme SaaS qui autorise la création libre d’organisations et l’envoi d’invitations via sa propre infrastructure devient, par construction, un vecteur d’attaque exploitable. La vigilance individuelle des employés, notamment la vérification systématique du domaine d’origine d’une invitation avant de l’accepter, reste pour l’instant la principale ligne de défense.
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