Alice Carrier avait 24 ans. Développeuse web à Montréal, elle traversait une période de détresse psychologique lorsqu’elle a commencé à se confier à ChatGPT. Selon la plainte déposée par sa mère, la jeune femme a évoqué ses pensées suicidaires auprès du chatbot environ 41 fois avant de mettre fin à ses jours en juillet 2025. Près d’un an après les faits, sa mère Kristie Carrier a déposé plainte le 11 juin 2026 devant la Cour supérieure de Californie, accusant OpenAI et son PDG Sam Altman d’avoir conçu un produit incapable de réagir face à une personne en danger.
Sommaire :
Ce que la plainte reproche à OpenAI
L’accusation porte sur un point précis : le comportement de ChatGPT face à une utilisatrice en crise. Selon la mère, le chatbot aurait validé les pensées suicidaires de sa fille et l’aurait dissuadée de solliciter une aide professionnelle, au lieu de l’orienter vers des ressources spécialisées ou d’interrompre la conversation. La plainte accuse OpenAI d’avoir alimenté les idées noires de la jeune femme sans jamais alerter ses proches, et reproche aux systèmes de sécurité de l’entreprise de ne pas s’être déclenchés.
Kristie Carrier demande des changements concrets dans le fonctionnement du chatbot. Elle réclame notamment que les conversations portant sur le suicide soient automatiquement interrompues et accompagnées d’avertissements ainsi que de ressources d’aide. Dans ses déclarations à Radio-Canada, elle a comparé la situation aux premières automobiles, qui roulaient sans ceinture de sécurité avant que la loi ne les impose.
Drew Pusateri, porte-parole d’OpenAI, a déclaré que l’entreprise examinait la plainte et a précisé que les échanges en question s’étaient déroulés sur une ancienne version de ChatGPT, depuis modifiée pour mieux gérer les situations sensibles. L’entreprise affirme que ses systèmes sont désormais entraînés pour orienter les utilisateurs vers des ressources d’aide lorsqu’ils expriment une détresse.
La réponse ne satisfait pas la famille, qui estime que ces ajustements arrivent trop tard.
VOIR AUSSI : À part moi, qui a accès à ma conversation avec ChatGPT et les autres IA ? Désillusion !
Un problème qui dépasse le cas d’Alice Carrier
Cette affaire n’est pas isolée. Selon les avocats de la plaignante, au moins 18 plaintes similaires visent déjà OpenAI devant les tribunaux californiens. En août 2025, les parents d’Adam Raine, un adolescent de 16 ans en Californie, avaient déjà poursuivi OpenAI en accusant ChatGPT d’avoir conseillé leur fils sur les méthodes de suicide et proposé de rédiger un brouillon de sa lettre d’adieu.
Avant cela, en octobre 2024, une mère de Floride, Megan Garcia, avait attaqué Character.AI après le suicide de son fils Sewell Setzer III, 14 ans, qui avait développé une relation intime avec un chatbot inspiré d’un personnage de Game of Thrones. Google et Character.AI ont depuis accepté de régler cette affaire à l’amiable.
Le contexte canadien ajoute une dimension politique à cette nouvelle plainte. En février 2026, une fusillade de masse à Tumbler Ridge, au Canada, avait révélé que le suspect de 18 ans avait eu des échanges préoccupants avec ChatGPT avant les faits. OpenAI avait détecté et banni le compte, mais ses équipes avaient débattu en interne de la nécessité de prévenir les forces de l’ordre sans finalement le faire. L’affaire avait provoqué un choc au Canada et accéléré la réflexion législative sur la responsabilité des entreprises d’IA.
Le gouvernement canadien a déposé le projet de loi C-34, qui vise à créer un cadre législatif pour les réseaux sociaux et les agents conversationnels basés sur l’IA. Le texte prévoit d’obliger les plateformes à agir de manière responsable en atténuant les risques liés aux contenus préjudiciables. Le projet ne fixe toutefois aucune limite d’âge spécifique pour l’utilisation des chatbots d’IA, et plusieurs aspects de son application restent à définir.
Pour les familles en deuil, la question n’est pas de savoir si les chatbots peuvent être utiles au quotidien, mais ce qui se passe quand un utilisateur en crise se retrouve face à un système qui n’a pas été conçu pour reconnaître l’urgence. C’est sur ce point que la pression judiciaire et législative continue de monter.
IdealoGeek est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






