Dans un monde où tout – ou presque – passe par l’écran tactile d’un smartphone, Éléna Gärtner fait figure d’exception. À 33 ans, cette médiatrice culturelle vivant à Orléans n’a jamais possédé de téléphone connecté à Internet. Un choix assumé, mais pas sans conséquences, à l’heure où la société semble peu à peu tourner le dos aux déconnectés. Témoignage d’un quotidien à contre-courant, entre liberté revendiquée, contraintes logistiques et démarche militante.
Sommaire :
Une vie sans smartphone en 2025 : choix personnel ou défi permanent ?
Éléna nous reçoit dans un salon de thé cosy du centre-ville d’Orléans, où livres et fauteuils anciens créent une ambiance hors du temps. Arrivée pile à l’heure, à vélo, elle n’a eu besoin ni de Google Maps, ni d’application de navigation. Et pour cause : elle n’a pas de smartphone. Ce n’est pas qu’elle s’en est séparée. Elle n’en a simplement jamais voulu.
« Je n’en vois pas l’utilité », lâche-t-elle, un thé au jasmin à la main. Comme les 13 % de Français qui résistent encore à l’appel du tactile, elle préfère son vieux téléphone basique – un « dumbphone » comme on dit – au tout-connecté.
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Un quotidien rythmé par l’anticipation
Si Éléna n’a jamais eu à « désapprendre » l’usage d’un smartphone, elle doit en revanche composer avec une société de plus en plus pensée pour les connectés.
Quand la technologie devient un filtre social
Depuis son installation dans la région Centre-Val de Loire, certaines démarches, pourtant anodines, sont devenues de véritables casse-têtes. Exemple concret : la réservation obligatoire d’un billet vélo pour les TER le week-end. Impossible sans passer par une plateforme en ligne. Or, improviser un départ à la dernière minute est devenu un luxe qu’elle ne peut plus s’offrir.
« Je dois tout prévoir en amont, prendre mes billets depuis mon ordinateur, les imprimer… C’est toute une organisation », explique-t-elle. Même pour s’orienter, elle revient aux bases : cartes papier et aide des passants.
Un mode de vie qui exige de prévenir, toujours
Autre contrainte : devoir constamment expliquer sa particularité. « Quand je rencontre quelqu’un, je dois prévenir que je ne reçois pas les MMS, que les longs SMS me saturent la mémoire… », raconte-t-elle. Son vieux téléphone, rayé, cabossé, ne lui sert qu’à une chose : prévenir. « C’est à l’ancienne, il faut appuyer trois fois sur la même touche pour faire une lettre ! », plaisante-t-elle.

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Une déconnexion choisie, pas une rupture totale
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Éléna n’est pas anti-technologie. Elle possède un ordinateur, écoute de la musique, et utilise même un smartphone professionnel mis à disposition par son employeur.
« Je travaille sur un poste mobile, donc c’était inévitable. Mais ça ne m’a pas donné envie d’en avoir un pour moi », assure-t-elle. Bien au contraire. Ce contact partiel avec le monde du smartphone renforce ses convictions : « Je n’ai pas envie de cette dépendance. Je ne veux pas me sentir obligée de répondre dans la seconde. »
Elle a aussi fait le choix de ne pas être présente sur les réseaux sociaux, à l’exception de LinkedIn pour le travail. Pas d’Instagram, pas de WhatsApp. Un pari risqué socialement, mais qui, selon elle, n’a pas affecté ses amitiés : « Mes amis m’ont dit que ce qu’ils se racontent sur les groupes ne vaut pas grand-chose. Ils savent me transmettre l’essentiel. »

Liberté, écologie et résistance : un acte militant
Ce refus du smartphone est devenu, avec le temps, un engagement de fond. Pour Éléna, vivre sans smartphone, c’est aussi dire non à la surdigitalisation du monde.
« Plus on est connecté, moins il y a de contact humain dans les services de proximité. J’ai peur que ça aggrave les inégalités sociales », confie-t-elle. Elle souligne notamment la complexité grandissante des démarches administratives ou de santé, souvent inaccessibles sans smartphone.
Un geste pour la planète
Éléna revendique également une motivation écologique. En rechargeant son vieux téléphone une seule fois par semaine, elle réduit sa consommation énergétique. Surtout, elle n’a pas besoin de le remplacer tous les deux ou trois ans, comme c’est le cas pour la plupart des smartphones modernes.
Et pourtant, selon l’ADEME, un smartphone a une empreinte carbone moindre que celle d’un ordinateur fixe ou d’une télévision. Mais la multiplication de ces appareils et leur obsolescence rapide pèsent lourd. « Je préfère garder le mien longtemps, tant qu’il fonctionne », dit-elle simplement.

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Un mode de vie minoritaire… mais inspirant
Éléna ne cherche pas à convaincre, ni à juger ceux qui sont connectés en permanence. « Je ne veux pas imposer ma façon de vivre. Je veux simplement montrer que c’est possible de faire autrement. » Un message simple, mais puissant, à l’heure où l’hyperconnexion semble inévitable.
Son mode de vie peut sembler radical, voire anachronique. Mais derrière ce choix, il y a une cohérence, une volonté de rester maître de son temps, de ses relations, de sa consommation. Une forme de liberté qui, dans un monde saturé de notifications, sonne presque comme une utopie.
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